Dans le cadre de la Semaine de l’action bénévole, qui se tiendra du 19 au 25 avril, Dans la rue souhaite mettre en lumière le dévouement et l’engagement indispensables de ses 129 bénévoles. Tout au long de cette semaine, nous présenterons un portrait par jour afin de souligner le rôle essentiel que jouent ces personnes dans la mission de l’organisme.
Fanatique de musique depuis toujours, Patrick a décidé de s’impliquer à Dans la rue à l’occasion d’un spectacle punk organisé au profit de l’organisme.
À ce moment de sa vie, il cherchait une cause à appuyer : ce concert-bénéfice répondait parfaitement à sa quête. Deux semaines plus tard, il montait à bord de la Roulotte.
Qui est Patrick?
Élevé dans une famille modeste, Patrick est le premier garçon d’un jeune couple qui se sépare tôt dans sa vie. À cette époque, les enfants de parents divorcés sont souvent stigmatisés à l’école. Souffrant de dyslexie, un trouble alors encore méconnu, Patrick doit travailler plus fort que les autres et se heurte même, à certains moments, à l’incompréhension ou aux moqueries du corps professoral.
Malgré les défis rencontrés durant son enfance, Patrick grandit auprès d’un beau-père qui deviendra une figure paternelle importante et développe très tôt des valeurs solides. Dynamique et autonome, il décide de commencer à travailler dès l’âge de 14 ans.
« Ma mère ne me donnait pas d’argent, alors je suis allé travailler.
Pour moi, c’est normal. »
Aujourd’hui, avec trois DEP en poche, Patrick est responsable des soins de santé d’une résidence pour personnes âgées (RPA).
Des défis de taille
Tout au long de son parcours, Patrick démontre un désir constant d’aider les autres, mais aussi une difficulté à appliquer cette bienveillance à lui-même. Pendant de nombreuses années, il vit avec une dépendance qu’il ne saura nommer que bien plus tard : la compulsion alimentaire. La nourriture occupe une place centrale dans son quotidien : elle représente un refuge, un réconfort, une façon de composer avec ses émotions.
À l’aube de la quarantaine, la situation devient critique. Patrick se retrouve devant un choix déterminant pour sa santé et sa survie. Dans les années suivantes, qui s’avéreront à la fois exigeantes et fondatrices, il s’engage dans un processus visant à modifier son mode de vie, apprivoiser ses démons intérieurs et, surtout, développer son autocompassion.
« Il faut que tu sois prêt à changer pour pouvoir le faire. Il faut prendre la décision pour toi, pas pour les autres. »
Patrick a connu la réalité de la dépendance et la combat encore sept ans après sa prise de conscience.
Cette expérience lui permet aujourd’hui de comprendre intimement les épreuves traversées par beaucoup de jeunes – et il n’hésite pas à leur raconter son parcours.
« Il y en a qui n’ont pas été chanceux. Je veux les aider. Ils commencent à me connaître, et à connaître mon histoire aussi. »
De bénévole à chef d’équipe
Avant le spectacle-bénéfice donné en hommage à Bérurier Noir aux Foufounes Électriques, Patrick connaissait déjà Dans la rue. Mais c’est ce soir-là qu’il franchit le pas de l’engagement.
« J’ai toujours voulu faire du bénévolat dans ma vie, mais mes limites physiques m’en empêchaient. »
À ce moment charnière de sa vie, le bénévolat devient enfin possible. Patrick souhaite aider les jeunes qui n’ont pas eu la chance d’avoir le même filet de sécurité que lui. Il avoue avoir été nerveux lors de sa première soirée à bord de la Roulotte, craignant de ne pas être à la hauteur. Pourtant, dès la deuxième semaine, un sentiment s’impose : il est à la bonne place.
Au fil des mois, Patrick trouve une deuxième famille, tant auprès des jeunes que des autres bénévoles.
« On est une équipe. On est tous différents, on apprend à se connaître, mais on est là pour la même cause. »
Trois ans après sa première sortie à bord de la Roulotte, Patrick aide toujours les jeunes avec autant de fierté. Il dira agir uniquement pour leur bien-être, mais on sent combien cette implication donne du sens à sa vie.
Aujourd’hui, il est chauffeur de la Roulotte, co-chef d’équipe et profondément investi dans la relation qu’il tisse avec les jeunes. Autrefois sceptique quant à ses capacités scolaires, il poursuit maintenant des études universitaires dans le but de travailler comme intervenant, et s’étonne lui-même de ses bons résultats.
« Ça m’a apporté une autre vue sur la vie. J’ai envie de devenir intervenant de rue, d’être le plus proche possible d’eux. »
Une présence qui fait toute la différence
En discutant avec Patrick, on découvre un homme attachant, résilient, calme, animé par une force intérieure remarquable. Patrick, c’est celui qui refuse qu’on lui offre un chandail de Dans la rue, préférant le payer pour que l’argent revienne aux jeunes. C’est aussi celui qui décide que, lorsque la Roulotte est en panne, la fourgonnette sortira quand même pour aller à la rencontre des jeunes. C’est celui qui, enfin, apporte des petits gâteaux préparés par sa mère ou des tuques tricotées par les résidentes de la RPA où il travaille.
Patrick incarne cette bienveillance discrète qui change des vies, une présence constante, humble et profondément humaine.
Merci Patrick.